19/06/2007

19/06/07 - 16:18

JDI REMIX /// Ne pas parler de soi, ni autrement, ni en centimètres, ni en paraphrasant l' "effet Proust"


MANET Edouard - L’asperge
Huile sur toile, 16.5X21.5 cm, 1880, Musée d’Orsay, Paris

Je suis parfois rêveur devant ce tableau, mais pourquoi?

Sans doute n'est-ce que parce qu'il me rappelle Albert(-ine) commandant les asperges criées par les marchands ambulants depuis la rue ("j'ai de la belle asperge") dans cet épisode crypté de la Prisonnière où la connotation érotique des aliments s'apothéose avec l'appétit d'Albert(-ine) pour les sorbets du Ritz, colonnes de citron, obélisques de framboise :
"(..) qui se dresseront de place en place dans le désert de ma soif et dont je fondrai le granit rose au fond de ma gorge qu'ils désaltèreront mieux que des oasis .(...)."(la suite est excellente aussi, mais bon, à vous de lire) . Ah, si peu vraisemblable tirade, puisqu'à ce moment il (elle) a probablement la bouche pleine, à moins que ce ne soit Marcel...?

Mais non, mieux qu'un "Petit pan de mur jaune" associé à des pommes de terre mal digérées par Bergotte (association dont l'ironie semble avoir échappé à beaucoup) , l'asperge a chez Proust, comme la senteur d'iris et les traces des limaçons,..///.je m'égare, lisons:

" Mais mon ravissement était devant les asperges, trempées d'outremer
et de rose, et dont l'épi, finement pignoché d'azur et de mauve, se
dégrade insensiblement jusqu'au pied - encore souillé pourtant du sol
de leur plant - par des irisations qui ne sont pas de la terre.
Il me semblait que ces nuances célestes trahissaient les délicieuses
créatures qui s'étaient amusées à se métamorphoser en légumes et qui,
à travers le déguisement de leur chair comestible et ferme, laissaient
apercevoir en ces couleurs naissantes d'aurore, en ces ébauches
d'arc-en-ciel, en cette extinction de soirs bleus, cette essence
précieuse que je reconnaissais encore quand, toute la nuit qui suivait
un dîner où j'en avais mangé, elles jouaient, dans leurs farces
poétiques et grossières comme une féérie de Shakespeare, à changer mon
pot de chambre en un vase de parfum. "

L'"effet Proust", c'est cette forte odeur inhabituelle, (de violette?) des urines , consécutive à l'absorption d'asperges..et toc...

sur Proust et l'asperge: http://expositions.bnf.fr/proust/grand/208.htm
sur l'histoire invraisemblable de ce tableau http://mucri.univ-paris1.fr/mucri10/article.php3?id_article=55

MANET Edouard, la botte d'asperge commandée par Charles Ephrussi
1880, huile sur toile, 46X55, Wallraf-Richartz Museum, Cologne.

Et soudainement, je me souvins de cette autre botte d'asperges, entrevue à Amsterdam, botte fermement liée, d'où l'une (en bas à droite pour ceux qui ne suivent pas) semble s'échapper, poindre son extrémité tourmentée et turgide, botte translucide et gorgée de sève prête à gicler à la moindre morsure.. rêveuses asperges endormies..


Botte d'asperges, Adriaen Coorte 1697, 25 x 20,5 cm, Rijksmuseum, Amsterdam

sur la symbolique phallique de l'asperge :
http://www.rijksmuseum.nl/images/aria/sk/z/sk-a-2099.z
http://www.rijksmuseum.nl/aria/aria_assets/SK-A-2099?lang=en&context_space=aria_themes&context_id=7085

Vous êtes émus?

là, tout n'est que calme, asperge et jus d'asperge


CECI n'est qu'une parodie..;-)

commentaires

19/06/07 - 18:32

hihihi...délicieux...je me marre!!!!

19/06/07 - 22:00

Aspergez, aspergez...

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